Une momie égyptienne décryptée au scanner

Une momie du musée de Tessé a passé un scanner au centre hospitalier du Mans. De premières révélations ont déjà été avancées…

© Ville du Mans

L’équipe du service imagerie médicale du centre hospitalier a affaire à un patient hors norme, ce lundi 2 octobre, au soir. Une momie du Ier siècle après J.C. a franchi les portes immaculées de la salle d’IRM. Le docteur Samuel Mérigeaud a spécialement fait le déplacement pour analyser la vieille défunte. Ce radiologue spécialisé dans l’étude des restes humains depuis une dizaine d’années a réalisé plus de cinquante scanners de momies, humaines ou animales.

« Chaque momie est différente. On ne sait pas ce que l’on pourra trouver », déclare le professionnel. Le scanner pourrait remettre totalement en cause les découvertes réalisées à la fin des années 1980 avec une radiographie opérée sur la momie. Cette dernière avait permis d’avancer qu’il s’agissait d’une femme d’une vingtaine d’années. Cette momie repose au musée de Tessé depuis 1983. Elle a été ramenée d’Egypte en 1843 par le comte Gabriel-Antoine d’Erceville et avait toujours appartenu à des particuliers, avant d’être rachetée par le musée.

Cette momie mystérieuse va enfin livrer ses secrets. Edgar et Arnaud, employés du musée, s’activent. La défunte est placée sur un plateau en plexiglas. Puis, elle est enveloppée dans une housse mortuaire. « Cela évite la contamination par d’éventuels spores. Les momies sont des corps et il faut les respecter en tant que tel », explique le docteur Mérigeaud. Placée dans une caisse en bois, elle est ensuite calée entre des blocs et sanglée à l’arrière d’un camion. Direction l’hôpital.

Les objectifs du scanner sont multiples. Il s’agit, en premier lieu, « d’estimer l’âge, le sexe, la cause de la mort et si elle souffrait de quelque chose. Puis, enfin, d’étudier les techniques de momification, les amulettes s’il y en a… », détaille le radiologue. Une équipe nombreuse est présente pour participer à la prise d’environ 5 000 images du corps en une vingtaine de minutes. Il faudra environ un mois au spécialiste pour les décortiquer et donner des conclusions.

Mais, pendant le scanner, le docteur a déjà des éléments de réponse. Si la momie présente une belle conservation extérieure, il n’en est pas de même à l’intérieur. La colonne vertébrale et les côtes « sont en vrac », les genoux sont fracturés. En revanche, les hanches ne sont pas abîmées. Le cerveau est toujours en place, contrairement aux autres organes, enlevés pendant l’embaumement. Comme beaucoup de momies égyptiennes, les dents sont limées. « C’est dû au sable, qui s’infiltrait dans les aliments et usait la dentition. »

D’autres observations suivront. En attendant, la momie a été transférée au Carré Plantagenêt pour y être étudiée par des spécialistes. Elle retrouvera bientôt sa tranquillité au musée de Tessé. Car la galerie égyptienne devrait rouvrir le 15 décembre, avec des nouveautés à découvrir : vidéos, audio-guide, dépôts du musée du Louvre… La momie sera là, et aura peut-être livré tous ses secrets.

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